Serge MONCOMBLE, « Les Forteresses de l’oubli » (Ed. du Murmure).

Serge MONCOMBLE, reçu dans le cadre des apéros de L’Autre Monde, le 24 octobre 2014, à Avallon, présente « Les Forteresses de l’oubli » (Ed. Murmure), un livre qui raconte l’enquête du personnage qui part à l’assaut des forteresses de l’oubli qui l’empêchent de retrouver les traces de ce qu’il recherche, d’autant plus que le monde est un brouillard.

Couverture Les Forteresses de l'oubliImage de couverture : sculpture de Igor Mitoraj, Tyndareus Cracked (1998)

Joseph Dardanel qui se cherche, cherche sa forme, sa justification. Son père, enfant abandonné, fut placé par l’Assistance publique, à Lormes, dans le Morvan. Ou plutôt déplacé. N’est-il pas né à Drancy, ville tristement célèbre pour d’autres déportations ? Cet abandon, cette ignorance des origines, cette illégitimité initiale ont empoisonné la vie de Joseph Dardanel, voyageur sur la terre, exilé de sa propre vie.

« Les Forteresses de l’oubli » veut retourner la tête du lecteur; en effet, il s’agit de mieux voir l’envers des choses (« Comment se tenir à l’endroit dans un monde à l’envers ?« ). Il s’agit aussi d’intéresser chaque lecteur à sa propre histoire familiale et personnelle. « Les gens sans histoire sont malheureux », selon Michel Besnier qui signe l’introduction de l’ouvrage.

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Le livre est particulier, écrit dans une langue torturée pour faire jaillir une multitude de sens que lecteur peut s’approprier. C’est avant tout le fruit d’un travail littéraire : il mêle le poème, le récit, l’imprécation, la prose poétique, passe de la phrase nominale à la phrase-fleuve, de l’économie de mots à l’élan lyrique.

Serge Moncomble aime à citer Pascal Quignard (« Mourir de penser », Grasset, 2014) : « La pensée cherche dans le vide avec la langue que l’homme a acquise. Mais la littérature, c’est la langue elle-même qui se cherche, se retournant sur elle-même, vide de tout contenu.« 

L’écriture de Serge Moncomble est proche d’une forme de rébellion linguistique et sociologique, de même que l’auteur revendique son aversion pour les institutions, notamment celles qui enferment ou éloignent (hôpitaux, asiles psychiatriques…).

Une des thématiques abordées est celle de l’Assistance publique qui faisait riveter des colliers d’os autour du cou des enfants « convoyés » avant d’être placés dans des familles d’accueil. En 1900, on dénombrait en France 46 699 enfants assistés, dont 2204 en Côte d’Or, 3400 en Saône-et-Loire, 3500 dans l’Yonne, et 11 395 dans la Nièvre ! L’entretien permet aussi d’évoquer l’écrivain Jean Genet, qui, enfant de l’Assistance, fut placé à Alligny-en-Morvan (Nièvre).

Serge MONCOMBLE est né à Cervon (village de la Nièvre) en 1950. Après avoir été brièvement instituteur, il obtient une licence ès Lettres et Sciences humaines / Langue anglaise à l’université Lyon II Lumière. C’est à cette période que naît sa passion pour la littérature à travers l’étude de Virginia Woolf et de James Joyce grâce à Michel Cusin, co-traducteur de l’œuvre de James Joyce. Il partage aujourd’hui son temps entre la sculpture sur bois et l’écriture.

Serge MONCOMBLE et David DEMARTISDe gauche à droite : Yannick PETIT (Radyonne fm), Serge MONCOMBLE, l’éditeur David DEMARTIS (Ed. du Murmure) et Évelyne LEVALLOIS (libraire de L’Autre Monde). Avallon, 24 octobre 2014.
 

L’éditeur David DEMARTIS lit quelques extraits des « Forteresses de l’oubli » (Éditions du Murmure).

En fin d’émission, Évelyne LEVALLOIS présente un coup de cœur, « Le Détroit du Loup » d’Olivier TRUC (Ed. Métailié), un polar géopolitique centré sur le dernier peuple premier en Europe, les Lapons, et sur les conséquences des forages de pétrole dans cette région-là.

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Pour commander le livre de Serge Moncomble, « Les Forteresses de l’oubli », sur le site des Éditions du Murmure, cliquer ici.

 

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1 Response

  1. La p'tite baf dit :

    Mes impressions suite à la lecture :
    Un écrit âpre, comme un cri.
    Un livre qui parfois perd le lecteur dans ses méandres et qui, cependant, jamais, ne cesse de résonner, d’interpeller, de stupéfier, de faire frémir le lecteur.
    Un puzzle qui pourrait fatiguer le lecteur et dont les pièces sont, souvent, jets de violence, de misère, de tristesse.
    Patchwork sombre mais toujours poétique.
    La résonance est profonde, j’étais frappée de stupeur. A plusieurs reprises, j’ai interrompu ma lecture pour une pause salutaire ; les maux qu’évoque ce récit sont trop accablants pour permettre une lecture rapide.
    Quelques passages lyriques, odes aux paysages, à la nature du Morvan, allègent le propos, l’ensoleillent ; comme, dans nos vies, la nature peut soulager, apaiser, rendre plus douce la vie de ceux qui savent s’y immerger, s’en imprégner.
    Il me faut souligner combien les faits réels évoqués dans ce livre sont de ceux qui marquent les consciences. Ainsi en est-il de la révolte des enfants des Vermiraux. De telles affaires hantent l’inconscient collectif et l’art, la littérature permettent sans doute de s’en libérer, de faire œuvre de résilience.
    Merci à Babelio et aux Editions du Murmure pour cette lecture qui jaillit du plus profond d’une âme sensible pour témoigner face au monde.

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