« La Vie épistolaire d’Henriette d’Angeville » par Marc FORESTIER (Ed. Histoires du Haut).

Cette émission a été enregistrée en public à la Bibliothèque municipale de Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), le 24 juin 2022, lors du troisième rendez-vous du Cercle des Auteurs Bourguignons initié par Virginie RAVAROTTO de la Bibliothèque municipale de Semur-en-Auxois et du libraire Cyril Lefèvre (Librairie de la Poste).

Invité : Marc FORESTIER, auteur de « La Vie épistolaire d’Henriette d’Angeville » (2 tomes aux Ed. du Haut, 2021). Préface de Peter Southan (historien canadien). 460 illustrations dont 100 dessins de l’auteur.


Pour écouter l’émission 

 

Elle se surnommait « la fiancée du Mont-Blanc ». Henriette d’Angeville est une figure emblématique de l’alpinisme féminin.

Née le 20 ventôse de l’An II (10 mars 1794) dans la demeure de son grand-père maternel, à Semur en Auxois (21), elle est la fille du comte Jean-Baptiste Charles d’Angeville. Elle a donc été formée au sommet du romantisme (1800-1850). Sa mère meurt prématurément, et elle sera l’unique fille au milieu de ses trois frères.

Sa vie est tout à fait romanesque, et, après deux ans de recherches et de travail, Marc FORESTIER la fait découvrir dans ses deux ouvrages. Les 3 et 4 septembre 1838, trente ans après Marie Paradis qui fut la première femme à conquérir le Mont-Blanc (4807 m.), Henriette d’Angeville prend la relève et se lance dans cette entreprise d’extravagance et de folie. Elle a alors 44 ans, fait preuve de qualités exceptionnelles d’endurance et de courage, surmontant le mal des montagnes et sa terreur des glaciers.

Ci-dessus, dessin de Marc FORESTIER, représentant Henriette D’Angeville.

© Marc FORESTIER

Au sommet du Mont-Blanc, elle restera une heure entière à prendre des notes. Disposant d’une exceptionnelle faculté de mémorisation des paysages, elle dessine mais fera exécuter, par différents artistes, aquarelles, gouaches ou gravures, réunies dans « L’Album du Mont-Blanc » qu’elle tentera en vain de faire imprimer. Elle l’utilisera pour le montrer à Paris, et chanter son exploit. Avant de quitter la cime du Mont-Blanc, elle portera un toast, avec une tasse de lait d’amande, à la santé du comte de Paris. Elle fera ensuite établir une attestation par le syndic de Chamonix, contresignée de ses guides.

Marc FORESTIER s’est intéressé à la correspondance d’Henriette d’Angeville. Ses lettres qui peuvent comporter 20 à 40 pages, révèlent une grosse franchise revendiquée, un humour caustique plein d’autodérision, mais également une langue truffée de néologismes. Elle lit et écrit 12 heures par jour. Épistolière reconnue par ses contemporains, elle se définit pourtant comme une écrivaillère, « barbouillant du papier ». En tout cas, l’écriture est une activité addictive : « Je ne peux plus me passer de mon picotin épistolaire qu’un cheval de poste de celui d’avoine« .

En 1852, elle s’installe à Ferney (dans l’ombre de Voltaire), et devient la voisine du couple propriétaire du château du lieu, les DAVID avec qui elle entretient des relations amicales et qui deviendra pour elle une famille d’adoption.

Henriette d’Angeville est un esprit boulimique. Nous l’avons déjà écrit, elle lit énormément : illustrés, romans feuilletons, essais philosophiques, ouvrages de théologie, brochures politiques, biographies, récits de voyages, poésies, pièces de théâtre (sa bibliothèque de Ferney compte 1500 volumes). Elle pratique aussi le chant et la musique, considérant l’éducation musicale essentielle à l’épanouissement des jeunes filles. A 70 ans, en séjour à Lausanne, elle fréquente les bals jusqu’à 5 heures du matin ! Elle aime les travaux de jardinage, ou les vendanges, et se passionne pour la flore, les algues séchées et les coquillages. Elle sera l’auteur d’un « Album aux belles fleurs« , qu’une baronne ne désespère pas de voir dans le boudoir de la Reine Victoria !

Henriette d’Angeville ne croit pas à l’amour des hommes (« Je ne veux d’eux que leur estime« ), et fera le choix du célibat, tenant à son indépendance. Elle rencontra des grandes figures du féminisme du XIXe siècle, notamment britanniques.

Politiquement, éprouvée par la Révolution Française, et notamment par la Terreur sous laquelle son grand-père, Président du tribunal de Dijon, sera incarcéré, transféré puis guillotiné, elle conservera un attachement nostalgique à la royauté. Officier de la cavalerie royale, son père sera aussi incarcéré pour suspicion d’esprit contre-révolutionnaire. De sa naissance, elle garde une crainte viscérale des mouvements d’insurrection populaire.

Elevée dans la religion Apostolique et Romaine, elle aura le sentiment religieux sans la foi, devenant mécréante au culte catholique. En 1851, elle rencontrera le Curé d’Ars (1786-1859) auprès duquel elle implore le don de foi pour consoler ses grands chagrins.

Elle meurt à Lausanne, le 13 janvier 1871.

Jamais éditée de son vivant, il faut attendre 1987 pour que les éditions Arthaud publient « Mon excursion au Mont-Blanc« , avec une préface de Roger Frison-Roche.

Pour se procurer le livre :


Prochain rendez-vous du Cercle des Auteurs Bourguignons, vendredi 14 octobre 2022, à 18 h 30, à la Bibliothèque municipale de Semur en Auxois. Invitée : Irène CHAUVY.

 

 

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2 réponses

  1. LEFEVRE Cyril dit :

    Bonne émission très agréable à écouter où nous découvrons cette merveilleuse femme Henriette d’Angeville née à Semur en Auxois et deuxième femme de l’histoire à gravir le Mont-Blanc. Merci à Yannick PETIT et Marc FORESTIER.

  2. geraldine dit :

    J’ai rencontré Marc Forestier au Salon du livre de montagne de Passy ;Il nous a parlé d’ Henriette d’Angeville, et c’ était complètement passionnant de l’écouter. Les gens passionnés sont passionnants!!Merci à vous, monsieur, pour ce magnifique travail et pour votre désir de le transmettre!

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